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Desertec ou le triste échec d’un « défi » énergétique

(19 octobre 2014) L’annonce cette semaine à Rome de l’enterrement de première classe du projet Desertec, le transport de l’énergie solaire produite au sud de la Méditerranée vers l’Europe, démontre la perte de la culture du « défi » chez les politiques et le manque de vision des industriels européens et du Sud. Les électriciens et ingénieurs du Sud méditerranéen auront des raisons d’en vouloir à ceux du Nord.

L’Europe en crise ne saura jamais pourquoi elle vient de rater un grand moment historique de civilisation industrielle en mettant entre parenthèses la relation en énergies renouvelables avec ses voisins de l’autre côté de la Méditerranée. Dans une période où le monde arabe connaît des convulsions à répétition, Desertec ne pouvait-il pas être un « défi » dans l’esprit des idéaux européens de Jean Monnet ? Un projet porteur sens pour maintenir une harmonie d’échange autour de la Méditerranée ? Et même un symbole d’excellence en matière de « coopétition » entrepreneuriale nord-sud, contraction entre coopération et compétition –  un terme actuellement très utilisé dans l’accord entre les États-Unis et l’Inde en matière de politique énergétique.

La révolution dans les technologies énergétiques est la seule opportunité pour l’Europe

Dans une récente contribution au sujet de la transition énergétique, le professeur de sciences économiques Patrice Geoffroy, écrivait : "… Nous avons observé que la capitale mondiale des technologies de l’information se trouvait probablement quelque part sur la côte ouest des États-Unis et à l’avenir, plausiblement sur la côte est de la Chine, mais à l’évidence pas en Europe…« , puis quelques lignes plus loin: "… La révolution dans les technologies énergétiques est une opportunité (la seule sans doute) pour l’Europe de refonder son modèle de croissance et d’acquérir à nouveau un leadership industriel et technologique, et pas seulement "d’accompagner le mouvement" comme pour les technologies de l’information et la communication".

Dès lors, nous sommes loin de la déclaration de Messine en 1955, où des ministres européens, sous la houlette de Jean Monnet, se sont unis pour un « défi », celui de créer un réseau européen de lignes électrifiées et "sur la mise à la disposition des économies européennes d’énergie plus abondante à meilleur marché". Les promoteurs de Desertec Industrial et Initiative (DII), avaient déjà protesté en septembre devant la décision de l’autorité européenne de l’électricité, de reporter à 2030, un projet d’interconnexion électrique avec l’Afrique du Nord.

Quelle attitude aurait eu Jean Monnet ?

Ainsi, après la reculade de l’interconnexion, il est compréhensible qu’aucun ministre méditerranéen de l’énergie ne soit venu la semaine dernière à Rome, pour assister aux rencontres du DII. Desertec aurait pu être un nouveau défi industriel européen, comme l’Union du charbonnage et de l’acier l’a été dans les années 50. Et devant une montée en puissance de l’Asie et des États-Unis en termes de technologies énergétiques, tous deux très présents en Afrique, on aurait souhaité savoir quelle attitude aurait eu Jean Monnet, lui qui a eu l’idée de construire l’Union européenne, après avoir été le conseiller stratégique de Chang Kai-Cheik. Promouvoir un « défi » de partenariat avec les ingénieurs et électriciens du sud de la Méditerranée ou bien opter pour une stratégie de repli industriel européaniste purement budgétaire ?

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