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Les artisans de l’intelligence artificielle française à l’heure de son soixantième anniversaire

Il semble que la France a deux savoir-faire : la haute couture et l’intelligence artificielle (IA)). Mais si pour le premier, elle a la main mise sur l’expertise comme sur son industrialisation, pour le deuxième il y a un hic. C’est la Silicon Valley qui, souvent, profite des petites mains françaises de l’IA. Il en a été question la semaine dernière chez le facilitateur parisien Numa, soixante ans après la première conférence universitaire consacrée au domaine.

Existe-il une mémoire de l’intelligence artificielle? On peut craindre que non ou bien seulement quelques bribes d’histoires racontées, à l’occasion, par de nostalgiques scientifiques. Alors qu’actuellement on parle beaucoup d’IA, on remarque que son anniversaire cet été est absent des agendas des gens du numérique. Dans quel manuel peut on se plonger pour comprendre ce qui s’est passé, durant l’été 1956, sur le campus de Dartmouth College au Nord-Est des Etats Unis, dans ce qui est considéré comme une des plus vielles universités du pays de Larry Page et Serguey Brin?

Jean Ponce, de l’Ecole normale supérieure et chercheur en vision artificielle à l’INRIA, a confirmé, lors de la rencontre de Numa du 15 juin, que 1956 a été l’année décisive de l’accès du sujet au statut de domaine de recherche universitaire. Le scientifique a tracé les grandes lignes d’une histoire qui a connu son époque de gloire (les années 80), “avant de connaître une période de doute et de désengagement académique (les années 90), puis, à partir de 2010, de devenir le sujet du moment avec des acteurs économique pour une fois comme Google, Toyota, Tesla et Facebook…”.

“L’IA est-elle réservée aux GAFA?”

Milie Taing, fondatrice de la start up Lili.ai et organisatrice de cette soirée au titre polémique “L’IA est-elle réservée aux GAFA?”, a posé des questions faussement candides telle celle-ci : “comment fait-on pour travailler avec l’INRIA”. La réponse n’est pas évidente tant, sur le terrain de l’IA, les géants américains du web ont depuis longtemps décidé d’investir la scène académique française du domaine. On ne peut pas parler de l’IA chez Facebook sans citer son département dirigé par le Breton Yann LeCun, un ancien de l’Université Pierre-et-Marie-Curie, d’indiquer la création chez Google à Zurich, d’un nouveau groupe dédié à l’apprentissage automatique, sans relever que son chef est Emmanuel Mogenet, diplomé de l’Université Jean-Monnet de Saint-Etienne. Un autre Français, Laurent Lorseau, participe même chez Google à configurer l’IA des robots pour qu’ils ne tournent pas en machine désobéissante.

Ainsi, lors de la rencontre de Numa, Laure Reinhart, directrice des Partenariats direction de l’innovation chez BPI France, a expliqué sans détour l’un des points de blocage qui empêchent d’avoir des géants de l’IA dans le pays de Pascal : “…Certes, il y a une qualité indéniable d’ingénieurs en France, mais il manque le pont entre l’académique et l’industriel”. Plus tard, la directrice des partenariats chez BPI a regretté “que les secteurs privées en France n’investissent pas comme leurs confrères aux USA dans l’IA et ne comptent que sur l’argent public”.

Des algorithmes français meilleurs que ceux des GAFA

Il y a bien des pépites françaises de l’IA, à l’exemple de Deepomatic, l’image dans le e-commerce, Vocal Apps, spécialisée dans les agents conversationnels, Niland.io pour la musique et Cardiologs pour le médical, mais si certains startupeurs affirment sans modestie qu’ils leur arrivent de présenter aux laboratoires des GAFA des algorithmes meilleurs que les leurs, la fragilité de l’écosystème français en termes d’entreprenariat dans le domaine saute aux yeux. Certes, il y a le manque d’argent à investir pour gagner des tailles conséquentes, mais aussi le blocage concernant l’accès aux données empêché par la loi. “Aux USA et en Chine, c’est le contraire, accéder aux données n’est pas un souci”, explique Jia Li de Cardiologs.

Alors, L’IA qui fête cette été ses soixante ans, semble avoir un terreau de génies en France qui doutent face à l’énorme attente en application dans le monde de l’entreprise. Il fallait la ténacité de Paul Richardet, chef de projet à Numa, pour assister à une conférence qui met en exergue les contradictions françaises sur un si complexe sujet.

Le scientifique Jean Ponce semble optimiste pour ses étudiants qui lanceront leurs start up,  les GAFA lui posent un seul souci: “les Américains sont gentils mais lorsqu’ils viennent nous voir et on leur demande de pouvoir accéder à leurs bases de données pour pouvoir travailler, ils nous opposent les problèmes de confidentialité”. On l’a bien compris, en France c’est le législateur qui tient les clés du coffre-fort des données et aux USA et en Chine c’est le capital. Voilà une autre singularité française.

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