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Les énergéticiens et la mode de l’autoconsommation électrique

Ces dernières semaines, il n’y a pas eu un jour où l’idée d’une propre production et consommation électrique par les Français eux-mêmes n’a pas fait l’actualité du lancement d’une offre, d’une rencontre, d’un débat ou d’une conférence entre professionnels de l’énergie. A l’heure où énergéticiens et équipementiers cherchent des stratégies pérennes pour s’inscrire dans cette économie disruptive, le sujet mérite des questions et des réponses, industrielles comme sociétales.

C’est le sujet du moment dans les salons parisiens. L’autoconsommation serait-elle l’avenir énergétique de l’homme ? Selon un observateur des industries électriques, un ouvrage semble être, en ce moment, le livre de chevet des patrons de la filière électrique: “La nouvelle société du coût marginal zéro” de Jeremy Rifkin. A lire le prospectiviste américain, les industriels de l’électrique sont certains d’avoir des cauchemars. Alors, il vaut mieux prendre les devants.  Accepter l’autoconsommateur comme client potentiel et chercher autour de sa personne là où on pourrait monétiser sa relation à l’énergie.

L’installation électrique de la ménagère de moins de 50 ans

Alors que la loi de Moore, principe de la force informatique qui doublait de puissance tous les 18 mois, continue à réduire les coûts de production et de distribution des énergies renouvelables, il est certain qu’un jour prochain, la ménagère de moins de 50 pourra au fond de son petit jardin, montrer à ses voisines sa propre installation électrique. Elle pourra même confier à ses enfants que l’installateur de cette merveille lui a expliqué qu’il y a quelques années un Américain avait prédit qu’elle pourra envoyer, par le réseau, son surplus d’électricité.

Il y a 50 ans, lorsque Marcel Boiteux, alors tout puissant patron d’EDF, avait prédit que le nucléaire offrirait une électricité à coût marginal moindre, il ne pouvait imaginer que cinq décennies plus tard, son entreprise tremblera devant un Américain qui ramènera ce coût au plus bas grâce aux énergies renouvelables. C’est-à-dire à zéro. Il faut lire l’historique audition de Marcel Boiteux du 5 novembre 2014, par la Commission d’enquête de l’Assemblée nationale relative aux tarifs de l’électricité, pour comprendre que le coût marginal a été, depuis la nationalisation de l’énergie en 1946, la notion qui a guidé les tarifs appliqués par l’énergéticien public.

L’audition de Marcel Boiteux à l’Assemblée nationale

Marcel Boiteux explique alors “…Je fus (en 1948) alors disponible pour travailler avec M. Gabriel Dessus, directeur du service commercial national d’Électricité de France, sur la tarification de l’électricité. Il s’interrogeait à l’époque sur la notion de vente au coût marginal pour l’électricité. Qui paie les charges fixes si l’on facture au consommateur le coût du charbon supplémentaire nécessaire pour produire le dernier kilowattheure (kWh) d’une centrale thermique ? Comment facturer le coût nul de l’eau qui alimente une centrale hydraulique ? Le principe du coût marginal semblait bon mais personne ne savait vraiment comment l’appliquer…”.

Alors si le plus emblématique des patrons d’EDF est un expert du coût marginal, qui sera l’économiste capable de faire face aux idées disruptives de Jeremy Rifkin et de trouver une solution acceptable pour tout le monde, producteur d’électricité comme client? Les deux énergéticiens français EDF et Engie qui viennent de lancer chacune une offre d’autoconsommation afin d’équiper le client en énergie solaire, ont-ils imaginé qu’il faut aujourd’hui se faire accompagner par des Boiteux 2.0 pour détecter la où va être la valeur dans l’offre électrique ? Une valeur qui pourrait être simplement une donnée numérique.

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