Share, , Google Plus, Pinterest,

Print

Posted in:

L’industry 4.0 US, une autre image de l’Amérique digitalisée

Depuis l’arrivée de l’Internet, l’idée de la Silicon Valley s’est imposée comme territoire mondialisé plus puissant que l’Etat fédéral et dépourvu de terroir et mémoire industriels. L’avènement de l’usine digitale au contraire glorifie la transformation de la vocation historique des bassins de l’emploi et resserre les liens entre collectivités locales, entreprises et salariés. Dans l’Etat du Wisconsin, la ville de Milwaukee, historiquement connue pour ses entreprises manufacturières en est un bon exemple.

Si à Palo Alto, le rêve d’un entrepreneur c’est de lever des fonds en transformant une ingénieuse idée d’application ou d’algorithme en start up, à Milwaukee l’idéal est tout autre. La plus grande ville du Wisconsin a, depuis la première révolution industrielle, maintenu contre vent et marée sa vocation manufacturière et cela malgré les crises sociales cycliques liées aux mutations économiques. Lorsqu’on a encore sur ses terres l’entreprise de l’inventeur du thermostat, en 1883, Warren S. Johnson, on comprend cet idéal pour la fabrication des biens de consommation et des équipements industriels à Milwaukee. Ville d’immigration allemande qui s’est vue très vite durant la deuxième moitié du XIXème siècle, détrônée de son titre de pionnière de l’industrie du fer et de l’acier par Chicago (150 kilomètres) Pittsburgh et Cleveland, pour raison de concentration.

Aujourd’hui, on est loin de l’époque où le port de Milwaukee regorgeait de biens de consommation, d’équipements industriels et même de rails de train qui sortaient des usines de la cité pour faire des Etats-Unis, le paradis du transport terrestre. Ou bien la glorieuse époque de la Seconde Guerre mondiale, la Manitowoc Shipbuilding Company recevait une commande de 10 sous-marins de la part de la Marine, et, qui, malgré son manque total d’expérience dans cette industrie, finit par livrer dans les temps 28 navires.

M-7 Next Generation, un consortium de soutien à la Smart Industry

Effectivement, à partir des années 70, la période a été douloureuse pour la ville et ses habitants de voir le génie local de la création de produits industriels ne plus avoir de ressort. Il fallait trouver une parade. Elle a un nom, née en Allemagne en 2012, Industry 4.0 pour industrie digitalisé. A la faveur d’une décision de la Maison-Blanche de créer un réseau national d’instituts pour la production et l’innovation afin de rendre les industries manufacturières américaines plus intelligentes, des économistes et décideurs de Milwaukee se sont positionnés pour créer un centre de recherche dédié à la fabrication et production industrielle intelligente. Un dossier qui a donné la naissance à un consortium de soutien, le M-7 Next Generation Manufacturing.

Ainsi, ces deux dernières années et loin de l’Internet mondialisé des GAFA sans conscience de territoire physique, les entreprises de Milwaukee, grandes comme petites, se sont mis en ordre de marche pour gagner la transformation de leur territoire industriel en univers intelligemment numérisé. Ce qui est intéressant, c’est qu’il se dégage de la part des acteurs professionnels impliqués dans cette aventure, de vraies pensées et un sens aigu du passé industriel de la ville. Elle s’exprime principalement à travers le consortium M-7 Next Generation Manufacturing qui en une année d’existence a sillonné tout le Wisconsin pour évangéliser entrepreneurs comme salariés de l’industrie locale.

“…On se voyait vivre la même expérience que l’industrie musicale…”

Son consultant Todd Broadie, affirme sans détour, “ce qui a décidé notre prise en main de ce sujet de smart industry, c’est simplement qu’on se voyait vivre la même expérience que l’industrie musicale”. A Milwaukee, les entrepreneurs engagés dans ce défi de l’industrie 4.0 regardent tous vers l’Allemagne d’Angela Merkel qui a inventé l’expression. Terre d’une grande immigration allemande qui a fait un temps de Milwaukee, une capitale mondiale de la brasserie, au Wisconsin, ils sont conscients de l’avancée des allemands sur le sujet et, pour eux, l’enjeu n’est pas de gagner la transformation des entreprises manufacturières de l’Etat au concept de l’industrie intelligente, mais sur combien d’années.

A Milwaukee, on ne regarde pas vers la Silicon Valley et ses géants GAFA. l’accord entre L’Allemagne de la chancelière Merkel et la Chine du Premier ministre, Li Kegiang, fin 2014 concernant l’industrie intelligente, a suscité un grand défi. Pour Keith Nosbusch, Président de Rockwell Automation Inc, “l’Allemagne n’a pas la technologie des usages du web comme Apple ou Google, reste néanmoins qu’elle a des ambitions de leader sur l’industrie du futur”. D’autres acteurs de l’industrie du Wisconsin vivent cette transformation vers le digital de leur métier comme une continuité historique des bassins de l’emploi vers un nouveau monde.

Tout récemment une scène émouvante s’est déroulée dans une usine de Milwaukee. Des salariés à la vue endommagée par des décennies de labeur ont essayé des lunettes digitales révolutionnaires pour malvoyants. Des larmes ont coulé et Jeana Angelini, une directrice de production a confié “après 50 ans de cécité c’était incroyable. Professionnellement, avec ces lunettes j’aurai pu réaliser efficacement mon travail”. C’est cela aussi l’esprit digital de Milwaukee.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *