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Saclay, une Silicon Valley française bien loin des soucis de la société civile

Elle a été perturbée par un jury international qui l’a sanctionné, fin avril, par une « période probatoire » avant de décider si la greffe grandes écoles-universités sur le Saclay a bien pris pour ne faire qu’une seule entité scientifique mondialement reconnue. Depuis, des contradictions inhérentes à ce projet apparaissent dans la presse et mettent en doute la volonté des acteurs de créer une seule et vraie université intégrée, à l’écoute de la société civile.

Si l’on peut supposer que de nombreux décideurs scientifiques et administratifs du Saclay se rasent chaque matin en pensant à l’excellence de la Silicon Valley et sa success story, ignorent-ils que les agendas des universités de Stanford et de Berkley n’indiquent pas uniquement des évènements technologiques ? Ainsi, le lundi 23 mai on pouvait écouter à Stanford University un concert d’orgue, composé d’œuvres, entre autres, de François Couperin et Louis Marchand, et voir à Berkley University une rétrospective consacrée aux films du cinéaste allemand Wim Wenders. Un vrai contraste avec l’actualité de ces deux dernières semaines sur le plateau du Saclay, celle de l’occupation par les gens du voyage, d’une grande partie du terrain qui attend d’être construit, pour recevoir la fusion entre l’Ecole Centrale et Supélec.

Le Château de Versailles est à une vingtaine de kilomètres de la future Silicon Valley française

On peut dire que si les créations européennes de très bon goût font l’actualité sur les campus à l’ouest des Etats-Unis, il est rare de trouver l’équivalent sur le Plateau de Saclay, au sud de Paris. Ainsi, lorsqu’on arrive par le RER B aux stations Massy Palaiseau, Le Guichet et Orsay-ville, on peine à deviner qu’à une vingtaine de kilomètres se trouve le Château de Versailles, un des trois lieux culturels les plus visités au monde.

Le constat est très vite fait lorsqu’on n’est pas un scientifique sur le Plateau du Saclay. C’est un monde d’ingénieurs fait pour les ingénieurs et autres académiques qui avaient au lycée choisi la filière S. L’autre constat, depuis une dizaine d’années, c’est celui d’un territoire en travaux, fait de briques, les grandes écoles et universités qui claironnent, dans les médias, avoir le même objectif, à terme, celui de donner naissance à une « Silicon Valley française », mais dont la réalité est autre ; celle d’établissements cloîtrés chacun dans ses murs et jaloux de ses acquis et de son budget.

La vie sur le Plateau du Saclay est ainsi, alors que les chefs des grandes écoles et des universités se tiennent par la barbichette, les chercheurs et étudiants vivent un quotidien ennuyeux. Le matin, ils convergent par bus des stations RER et voitures vers les laboratoires, le midi ils rejoignent, parfois à pied, des restos U par les petites routes du Plateau et en fin de journée, certains étudiants se cloîtrent dans les résidences flambant neuves, d’autres engorgent train et RER laissant le Plateau vide et sans âme.

Ne faut-il pas pour le Saclay un Frederick Terman, le père de la Silicon Valley

Certes, grandes écoles et universités suivent les travaux de leurs futurs bâtiments, mais, de Paris, la société civile a du mal à y voir une cohésion comme à l’ouest de la Californie. Et lorsque le directeur d’une grande école explique qu’il a du mal à accepter de fusionner avec n’importe quelle université, en trouvant une raison qui fait sourire : « Nous sommes au Saclay ce que Chanel est augroupe LVMH ». Les enjeux du Saclay comme pôle d’excellence scientifique deviennent obscurs pour le Français moyen et on peut s’étonner que huit années après le lancement du projet, les questions d’enseignes soient encore d’actualité.

Peut-être faut-il rappeler que la Silicon Valley est née de la volonté d’un professeur de Stanford, las de voir ses étudiants partir à l’est des Etats-Unis, une fois leurs diplômes obtenus. En 1939, Frederick Terman avait convaincu ses étudiants Bill Hewlett et David Packard de créer leur petite société dans le garage familial. HP deviendra grande et sera suivie par d’autres qui deviendront des géants, à l’exemple d’Apple, Yahoo, Google… Sur Saclay, ces dernières années, le patron d’une PME fabricante d’ordinateurs pestait de voir que l’ensemble des établissements et entreprises du plateau préféraient acheter les machines de Bill Hewlett et David Packard, plutôt que les siennes.

Alors on peut s’interroger, ne manque-t-il pas au Plateau de Saclay un Frederick Terman qui aurait plus à cœur de trouver des sous pour les entreprises de ses étudiants et pour les programmes d’études de ses collègues chercheurs plutôt que de s’empoigner avec telles écoles, universités ou business school…

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